LE TRAVAIL À BONNE DISTANCE : DE MARX À DE FUNÈS, QUELLE APPROCHE PRIVILEGIER ?

 

Patrick FINALTERI

 

L’objet travail au cœur de la crise actuelle « Je suis marxiste, tendance Groucho ! », déclarait en 2004 Woody Allen, admirateur de l'hurluberlu moustachu (1) . Aujourd’hui, parodiant le réalisateur américain, je déclare sans hésitation « je suis De Funès, tendance Julia ! » Merci à philosophie magazine (n°144 - Novembre 2020) de nous livrer _ entre autres pépites _ le regard avisé de la philosophe sur « l’avenir du travail à l’heure où la distinction entre la vie professionnelle et personnelle se brouille ». Sa vision réinterroge le sens accordé au travail ; en 1844, déjà, loin du contexte de télétravail actuel, Karl Marx dénonçait un travail « vidé de sa signification » (2) A partir d’un digest du dossier de philosophie magazine, j’invite chacun à se saisir à bonne distance de questions comme :

A. COMMENT ECHAPPER A L’HYPERTEMPS ? (3)

→ Répartition de notre emploi du temps entre activités contraintes et libres Les activités se télescopent ; les temps de travail et de repos ne sont plus encadrés par « les cloches qui sonnent ». Nous vivons à l’ère du « poly phasage », hyper connectés en permanence, en oubliant l’environnement concret, sans être vraiment présents à nos proches. Pour rééquilibrer la balance au profit de la qualité de la vie personnelle, il faut appuyer réellement sur PAUSE. Les temps d’activités libres et les moments de distraction indispensables doivent se passer loin des écrans ; ceux-là mêmes qui relaient en permanence des injonctions de répondre via les messages qui nous sont adressés.

 

B. COMMENT DEPLOYER DU TELETRAVAIL EQUITABLE ? (4)

→ Les bonnes règles collectives et les bonnes contreparties Notion juridique apparue en 2002, le télétravail c’est « le bureau qui s’invite à la maison », avec tous les sujets afférents : Droit à la déconnexion, mesure de la charge de travail, prise en charge des frais engagés chez lui par le collaborateur et aménagement à son domicile d’un espace dédié au travail. Pour aller dans le sens d’une redéfinition juste du cadre de nos existences, il faut souhaiter que les économies faites grâce au télétravail puissent servir à aider matériellement et financièrement ceux qui permettent de les réaliser. Le partage de la valeur ajoutée dégagée doit pouvoir être débattu et négocié, à la fois collectivement sur le plan des principes et individuellement dans le détail des modalités.

 

C. COMMENT FAIRE DU TELETRAVAIL UNE OPPORTUNITE ? (5)

 

→ Agilité, capacité d’adaptation et confiance accordée Si télétravailler peut permettre de gagner en autonomie, le vécu des collaborateurs concernés n’est pas vraiment associé au bien être ; en majorité, l’incertitude et les contingences sont plutôt synonymes d’angoisse et de mal être. Pour jouer avec ces aléas et ces contraintes, le collaborateur doit être autorisé à prendre des risques et encouragé à faire preuve d’autonomie, sans craindre d’être rattrapé par ses erreurs, pointées comme des échecs. Le télétravail doit devenir une chance de dessiner un modus operandi où le fond l’emporte sur la représentation et l’image.

 

D. COMMENT REGENERER LE SENS DU TRAVAIL ? (5)

 

→ Recherche d’une finalité extérieure au-delà du contenu même du travail En devenant de plus en plus technique et procédural, le travail a perdu du sens. Dans les 3 acceptions du mot « sens » _ sensation, signification, direction _ figurent la même référence à l’extériorité. Comme l’entreprise qui trouve du sens dans une cause qui la dépasse, il s’agit de trouver au travail une finalité extérieure. Le travail n’est pas une finalité en soi ; il lui faut (re)trouver un sens, devenir un moyen au service d’autre chose que lui-même, juste un moment essentiel au service de la vie. En conclusion, « le télétravail nous met face à cette réalité du mélange des genres et du télescopage des sphères en l’amplifiant ; d’où un sentiment légitime de panique et de débordement. » Constat qui risque de perdurer si le télétravail se limite au transfert du lieu de travail de l’entreprise vers le logement du collaborateur ; surtout si aucune forme d’accompagnement n’est associée à ce transfert. Mais le télétravail peut se passer « hors de chez soi, dans des lieux tiers : espaces de coworking ou sièges satellisés. » Les opportunités de

contacts sont alors plus diverses et les échanges d’autant plus riches et variés ; ces interactions inédites sont alors propices à l’émergence de nouvelles idées et de coopérations actives dans un écosystème rénové et élargi. En prenant le recul nécessaire pour analyser les transformations à l’œuvre dans nos vies et dans la société, nous nous donnons la chance de mettre à jour des solutions innovantes. Sur le plan personnel, c’est aussi l’occasion de dépasser sa peur, sa tristesse ou sa colère, de mettre de côté le renoncement qui guette chacun ;

faute de quoi, comme l’écrit Cynthia Fleury(6) , « l’amertume et le ressentiment »

se renforceront.

  Patrick FINALTERI

(1) Cf. www.ladepeche.fr

(2) Cf. Karl Marx in Manuscrits de 1844

(3) Cf. « Avoir le temps » de Pascal Chabot, à paraitre aux PUF en 2021

(4) Cf. enquête sur philomag.com

(5) Cf. interview de Julia De Funès

(6) Cf. « Ci-gît l’amer_ Guérir du ressentiment »de Cynthia Fleury -Gallimard en 2020

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